Réhabilitation et valorisation durable des lanches traditionnelles au PNBA

Le BACoMaB a lancé une Mission d’Assistance Technique (MAT) pour accompagner ses bénéficiaires, les parcs nationaux du Banc d’Arguin (PNBA) et du Diawling (PND), dans l’amélioration de leur gestion et du suivi des activités financées. Cette mission s’étend de 2025 à 2027 et s’articule autour de deux axes principaux : la mise en œuvre des recommandations issues d’un audit organisationnel réalisé en 2022, et le renforcement des collaborations entre le BACoMaB et les parcs bénéficiaires.

Dans ce cadre, une équipe d’experts a été recrutée pour conduire un diagnostic approfondi de la flottille des lanches à voile traditionnelles du PNBA, afin d’élaborer une stratégie de réhabilitation et de valorisation durable de ces embarcations uniques.

Un patrimoine vivant et une pratique de pêche durable

Créé en 1976, le PNBA est un établissement public à vocation scientifique et culturelle, chargé de protéger un territoire marin et côtier exceptionnel de 12 000 km². Classé site RAMSAR (1982), site du Patrimoine Mondial de l’UNESCO (1989) et reconnu par le WWF en 2000, le parc abrite neuf villages Imraguen, où vivent des communautés de pêcheurs héritiers d’une tradition millénaire.

Ces pêcheurs utilisent exclusivement des lanches à voile traditionnelles, embarcations héritées des pêcheurs canariens du début du XXe siècle. La loi nationale mauritanienne (Loi 2000/024) limite strictement l’accès à la pêche dans le parc à cette flotte traditionnelle, interdisant toute embarcation motorisée, ce qui constitue un pilier fondamental du système de gestion durable du PNBA.

Une flottille en déclin et des enjeux de réhabilitation

Dans les années 1980, la flottille était fortement dégradée, avec seulement une trentaine de lanches en état de navigation. Grâce à l’appui de partenaires, notamment la Fondation Internationale du Banc d’Arguin (FIBA), un chantier naval a été construit, et les charpentiers traditionnels ont été formés à des techniques modernisées de construction et d’entretien. Des stocks de bois de chêne et de sapin ont été constitués pour assurer la reconstruction et la maintenance.

Cependant, depuis les années 2010, certains propriétaires ont recours à l’importation de bois de samba, plus léger mais moins robuste, et à la plastification des coques avec de la fibre de verre et de la résine. Cette pratique, bien qu’améliorant temporairement l’étanchéité, accélère la détérioration du bois en empêchant son séchage naturel, masquant les dommages structurels, et engendre des risques pour la sécurité des équipages. De plus, les lanches plastifiées ne correspondent plus à la définition légale des embarcations traditionnelles, remettant en cause leur droit exclusif de pêche dans le parc.

Vers une stratégie de réhabilitation et de valorisation durable

La réhabilitation de la flottille est inscrite comme priorité dans le Plan d’Aménagement et de Gestion (PAG) 2020-2024 du PNBA, mais aucune action concrète n’a encore été menée faute de stratégie claire, de financement adapté, et surtout d’une acceptation collective des propriétaires de lanches.

Le diagnostic en cours a pour objectif d’identifier les meilleures solutions techniques, économiques et sociales pour restaurer les lanches dans leur forme traditionnelle, assurer leur entretien pérenne, et valoriser leur usage au-delà de la pêche, notamment dans le cadre du tourisme durable. Cela implique aussi d’organiser le régime de propriété et d’usage pour garantir que cette flotte essentielle continue de soutenir le développement durable des communautés Imraguen.

Un enjeu central pour la conservation et le développement local

Les lanches traditionnelles sont au cœur de l’identité culturelle du PNBA et de la gestion durable de ses ressources halieutiques. Elles permettent aux visiteurs d’explorer les paysages exceptionnels d’herbiers marins, de vasières et d’îles abritant une biodiversité remarquable. La préservation de cette flottille est donc un enjeu majeur pour le maintien des pratiques de pêche artisanale durable, la sauvegarde d’un patrimoine immatériel, et le soutien aux économies locales.

Le BACoMaB, aux côtés du PNBA, s’engage pleinement dans cette démarche de réhabilitation pour assurer la pérennité des lanches traditionnelles et renforcer leur rôle dans la conservation marine et le développement socio-économique des villages Imraguen.

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