Parole d’acteur : Assia Kamara, présidente de l’ONG Ensemble – Mauritanie

Assia Kamara, présidente de l’ONG Ensemble et coordinatrice du réseau RASLiM, revient sur la naissance de son engagement face à la pollution du littoral de Nouadhibou. Elle raconte comment l’éducation environnementale et les actions de terrain structurent aujourd’hui la réponse locale, avec le soutien de partenaires clés comme BACoMaB, dans un contexte de fortes pressions sur les écosystèmes marins et côtiers.

Bonjour Madame Kamara, pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager pour la biodiversité ?

Je m’appelle Assia Kamara, je suis présidente de l’ONG Ensemble, une organisation engagée dans l’éducation environnementale, la sensibilisation des populations et la préservation des écosystèmes littoraux, marins et côtiers en Mauritanie. J’assure également la coordination du Réseau des Acteurs pour la Sauvegarde du Littoral Mauritanien (RASLiM).

Mon engagement est né lors d’un voyage vers Nouadhibou. J’ai découvert de très belles criques, des paysages magnifiques, mais aussi une pollution extrêmement importante. J’ai vu des déchets de toutes sortes, abandonnés sur les plages : boîtes de conserve, emballages, verre, médicaments, restes divers… Ce contraste entre la beauté des lieux et leur dégradation m’a profondément marquée.

Je me souviens particulièrement d’un échange avec une mère de famille accompagnée de ses enfants, qui jetait ses déchets sur la plage sans percevoir les conséquences de ce geste. À ce moment-là, j’ai compris qu’il y avait un énorme travail de sensibilisation à faire. C’est ce qui m’a poussée à créer l’ONG en 2023.

Pouvez-vous nous parler de l’ONG Ensemble et de votre manière d’agir sur le terrain ?

L’ONG Ensemble agit principalement à travers l’éducation, la sensibilisation et la promotion de gestes éco-responsables. Nous travaillons sur divers programmes, comme la gestion des déchets, la protection du littoral et l’accompagnement des populations vers des comportements durables.

En Mauritanie, les gens sont encore très peu sensibilisés ou préoccupés par ces questions. Beaucoup de personnes ne font pas le lien entre leurs gestes quotidiens et leurs conséquences sur l’environnement. Il y a parfois l’idée que la mer est une vaste étendue d’eau : on pourrait y pêcher, y jeter des déchets, et elle pourrait tout absorber. Or ce n’est pas le cas. La mer n’est pas une poubelle ; elle présente au contraire une biodiversité d’une richesse unique.

Aujourd’hui, quelles sont les priorités pour protéger le littoral mauritanien et comment la société civile peut-elle agir ?

L’océan et le littoral constituent un patrimoine vital et stratégique pour la Mauritanie, aujourd’hui fragilisé par de fortes pressions environnementales. Les urgences sont nombreuses : la pollution venant de la terre comme de la mer, la gestion des déchets plastiques, la pression sur les ressources halieutiques, ainsi que la protection de la biodiversité.

La société civile a un rôle essentiel. Nous sommes là pour faire évoluer les choses, pour faire prendre conscience aux populations, mais aussi interpeller les pouvoirs publics.

Nous pouvons porter le plaidoyer, alerter, proposer des solutions concrètes et veiller à ce que les engagements pris se traduisent réellement sur le terrain, avec un suivi et des résultats visibles. Nous avons aussi un rôle important pour encourager de meilleures pratiques de gestion et rappeler l’urgence d’agir. Bien sûr, ce n’est pas simple : les enjeux économiques sont importants, certains lobbys sont puissants, et le changement prend du temps. Mais nous constatons aussi que de nouvelles générations, y compris parmi les responsables publics, comprennent mieux ces enjeux. Cela donne de l’espoir.

Pouvez-vous nous partager un exemple d’action menée avec l’appui du BACoMaB ?

Le BACoMaB est pour nous un partenaire incontournable. Depuis mes débuts, il nous accompagne et fait même partie des premiers partenaires à avoir soutenu nos actions. Cet appui nous a permis de développer plusieurs initiatives de sensibilisation auprès des jeunes et des communautés.

Je pense notamment aux activités organisées à l’occasion de la Journée mondiale des océans (JMO), avec le soutien financier du BACoMaB. En 2024, nous avons travaillé autour de la protection des tortues marines, puis en 2025 autour du phoque moine. À chaque édition, nous mettons en place des projections de films, des activités pédagogiques, de grands nettoyages de plages, suivis de jeux et de goûters pour les enfants. Ce sont des moments simples, mais très forts : voir les enfants jouer sur une plage propre, accompagnés de leurs parents, est toujours très plaisant. Ce type d’initiative permet de sensibiliser de manière concrète et conviviale, tout en créant une vraie dynamique collective.

Quels sont encore les défis à relever ?

À la veille du Forum Marin et Côtier du PRCM, je dirais qu’il faut mettre l’accent sur ce qui existe déjà. Il est plus difficile de reconstruire ce qui a été détruit, que de préserver les acquis et de les améliorer. La Mauritanie a la chance de disposer d’écosystèmes marins et côtiers remarquables ; il faut aujourd’hui investir davantage dans leur protection, mais aussi dans l’éducation des jeunes générations et dans l’application effective des réglementations. Nous espérons aussi que les pouvoirs publics continueront à accompagner ces efforts et à mettre en place des mesures fortes pour préserver ces ressources pour les générations futures.

J’ai parfois des inquiétudes pour l’avenir de certaines ressources. Par exemple, je me demande si mes petits-enfants auront encore la chance de manger de la crevette. Cela pourrait devenir un produit rare et très cher. Peut-être qu’un jour, ils découvriront les crustacés uniquement dans les livres, et non plus sur les criées.

Nous voyons déjà les effets du changement climatique au quotidien. Nous n’avons plus le temps d’attendre : il faut aujourd’hui mettre les bouchées doubles. C’est un combat de long terme, mais il faut garder le cap et avancer pas à pas. Et si chacun avance ensemble, dans une approche multi-acteurs réunissant société civile, communautés locales, partenaires et pouvoirs publics, alors les choses pourront réellement évoluer dans le bon sens. ◼

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